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- Le samedi 4 mai 1985,
place Denys Cochin, à Paris, a eu lieu, sous l'égide
de M. Jacques Chirac, maire de Paris, l'inauguration du monument
du maréchal Lyautey.
- C'est près des Invalides,
où repose sa dépouille mortelle, et avec le concours
de l'Association nationale maréchal Lyautey, et du Comité
de la stèle de Paris qu'a pu être réalisé
ce monument dédié également " à
tous ceux, civils et militaires, qui sont morts Outre-Mer pour
la France ".
A cette cérémonie assistaient
de nombreuses personnalités parmi lesquelles : Mme la
maréchale Leclerc ; M. Jean Laurain, secrétaire
d'Etat aux anciens combattants ; le représentant de l'ambassadeur
du Maroc ; M. Jacquinot, ancien ministre ; M. Frédéric-Dupont,
ancien ministre, adjoint au maire de Paris, maire du 7e arrondissement
; le général commandant la 1ère Région
militaire, de très nombreux généraux parmi
lesquels le général Bigeard, le préfet de
la Seine ; le colonel Geoffroy, président de l'association
maréchal Lyautey ; M. de Sancy, président du Comité
de la stèle ; le colonel Gardes.
L'ANFANOMA était représentée par M. Jean
Augeai, président national ; M. Sainsot ; Mme De Gea ;
M. Charié-Marsaines ; le commandant Arnould ; MM. Boeza
et Coll.
Une foule extrêmement nombreuse s'était massée
tout autour de la place ; un détachement du 2e Hussards
(régiment dans lequel servit le jeune lieutenant Lyautey)
rendait les honneurs avec musique, et une délégation
importante de scouts.
Allocution de M. Alain de Sancy
- Votre présence sur cette
place Denys Cochin en ce matin du 4 mai 1985 pour assister à
la double inauguration de la première statue en France
du maréchal Lyautey et de la stèle dédiée
par son comité
" A tous ceux, civils et militaires qui sont morts Outre-Mer
pour la France " est pour les responsables de cet ensemble
architectural un très grand réconfort, elle permet
en effet de dire en langage militaire " Mission accomplie
".
Permettez-moi de remercier les " architectes " de ce
monument. Je veux parler de M. Chirac, maire de Paris pour l'aide
substantielle qu'il a fait voter par son conseil municipal et
qui nous a permis de mettre en chantier notre projet. J'y associe
M. Bolufer, notre guide efficace dans le labyrinthe que représentent
les nombreux services de l'Hôtel de Ville qu'il nous fallait
contacter.
Merci à M. Frédéric-Dupont, maire du 7e
arrondissement pour nous avoir offert ce superbe emplacement
baigné dans l'atmosphèr d'un glorieux passé
militaire entre les Invalides et l'Ecole Militaire.
Merci aux souscripteurs dont la générosité
a permis le financement de cet ensemble architectural. Merci
au colonel Geoffroy, président de l'Association nationale
maréchal Lyautey et à M. l'inspecteur général
Masselot pour l'accueil qu'ils m'ont réservé permettant
d'associer le projet du Comité de la stèle au leur
et de placer ainsi cette stèle sous le noble regard du
maréchal Lyautey.
- Rendre un hommage solennel à
ceux qui sont allés jusqu'au sacrifice suprême pour
contribuer au rayonnement et à la grandeur de la France
sur les terres lointaines, tel est l'objectif de cette stèle.
Dès le XIXe siècle et le début du XXe ,
la France puissance militaire et maritime assumait pleinement
sa destinée colonisatrice afin de protéger les
populations d'une part contre l'insécurité que
la piraterie faisait peser sur les mers et d'autre part sur terre
contre les pillards, auteurs de razzias incessantes et mettre
fin à l'esclavagisme tribal.
La France porteuse de la civilisation occidentale et chrétienne
s'était donné pour tâche de protéger
les missionnaires qui en plus de leur mission évangélisatrice
apportaient aux autochtones leurs connaissances médicales
et éducatrices, ce fut le cas en Indochine, à Madagascar,
en Afrique, où bâtisseurs infatigables, ils construisirent
des ouvroirs, des hôpitaux, des écoles.
N'oublions pas un point important, l'armée au cours de
ses campagnes de pacification était accompagnée
de civils, agriculteurs, administrateurs coloniaux, ouvriers,
ingénieurs... C'est sous sa protection que ces corps de
métiers construisirent eux aussi des routes, des ponts,
des barrages d'irrigation ou entreprirent des opérations
de drainage pour assainir les régions marécageuses...
faisant passer ces pays de l'ère moyenâgeuse à
celle du monde moderne. Grâce à ces entreprises
et aussi au courage et au travail des agriculteurs, les terres
incultes depuis des siècles se mirent à produire.
C'est cela le passé colonisateur de la France si bien
exprimé en ces termes par le maréchal Lyautey "
La pacification, l'action colonisatrice doivent progresser en
- tache d'huile - souple mélange de politique d'amitié
et de politique de force, de raids militaires se muant en essor
économique et commercial ".
Voici donc résumée l'action de la France dans ces
pays d'Outre-Mer. Quel contraste avec ce que prétendent
les illustres représentants de " l'Intelligentsia
" d'obédience marxiste qui par tous les moyens essayent
de discréditer l'oeuvre de la France. Une chose cependant
ne peut être effacée d'un revers de main, même
par eux, c'est l'empreinte de la langue française que
ces pays utilisent toujours pour s'exprimer sur les places internationales.
Français par le sang reçu et aussi Français
par le sang versé, que cette stèle soit pour nous
l'image de la sépulture que vous n'avez jamais eue ou
qu'elle remplace celle que vous aviez et qui a été
profanée. En prononçant ces paroles je pense à
ces milliers de Harkis et de " Pieds-noirs " morts
sous la torture pour avoir aimé la France et à
vous aussi Français qui mourez en NouvelleCalédonie
pour vouloir rester Français.
A quelques jours du 40e anniversaire de la victoire de 1945 comment
ne pas avoir une pensée pour celle qui est le modèle
des combattants, Jeanne d'Arc patronne de nos villes et de nos
villages, symbole de la France.
Mais aujourd'hui c'est vers vous tous, civils et militaires,
qui avez servi la grandeur de la France jusqu'au sacrifice suprême,
que va notre reconnaissance, concrétisée par cette
stèle élevée sous le regard du maréchal
Lyautey, serviteur exemplaire de la France tout au long de sa
carrière.
Allocution de M. Jacques
Chirac, maire de Paris
- Lyautey, autrefois, s'écrivait
Loyauté.
C'est bien en effet cette éminente qualité humaine
qu'a incarnée tout au long de sa vie le grand maréchal
de France auquel la Ville de Paris a tenu à rendre, cinquante
ans après sa mort, un hommage reconnaissant et solennel.
C'est bien cette vertu essentielle du soldat et du citoyen que
le maréchal Lyautey a voulu mettre au service de sa triple
passion pour l'armée, pour l'Empire et pour la France.
C'est elle qui, dans les succès comme dans les déceptions,
a illuminé ses jours en lui donnant la force nécessaire
pour assumer en toutes circonstances la noblesse de son idéal.
Rarement histoire personnelle et histoire nationale auront coïncidé
avec autant de bonheur et d'éclat qu'en la personne d'Hubert
Lyautey, né en terre Lorraine, en 1854.
Son ascendance, faite de souches à la fois paysannes,
bourgeoises et aristocratiques, l'enracine, dans une tradition
qui, jusqu'à sa mort, ne cessera de l'inspirer celle du
service de l'Etat qui, quel que soit le régime en place,
mérite le dévouement le plus total jusqu'à
l'accomplissement éventuel du sacrifice suprême.
Nancy, Dijon, Paris : c'est dans ces lieux qu'au cours de ses
années de formation, la personnalité d'Hubert Lyautey
acquiert ses contours définitifs.
Son enfance, dans la capitale de Lorraine, est marquée
par la douloureuse épreuve d'une paralysie, qui le frappe
accidentellement, occasion de tremper dans le courage et la volonté
un caractère, dont chacun admirera plus tard la détermination.
L'occupation de l'Alsace-Lorraine et les événements
tragiques de la commune constituent ensuite, pour l'adolescent
du lycée de Dijon, les premières leçons
politiques qui nourriront ses réflexions et ses propositions
sur la nécessité d'une profonde réforme
intellectuelle et morale. Puis, le voici à Paris, sur
les bancs de l'école Sainte-Geneviève, où
fortement influencé par la personnalité rayonnante
du père Stanislas du Lac, il se présente au concours
d'entrée à Saint-Cyr pour y être reçu
en 1873.
Ainsi se trouve inaugurée, dans cette rencontre avec l'armée,
la première de ses fidélités, qu'il assumera
dans toutes ses exigences, même celles qui heurteront le
plus son tempérament et ses propres sentiments. En effet,
Hubert Lyautey que sa famille destinait plutôt à
Polytechnique, entre à l'école spéciale
militaire, sinon par hasard, du moins sans l'avoir véritablement
prévu, de même qu'il intégrera comme jeune
lieutenant, le corps d'état-major avec lequel ultérieurement
son opposition sera manifeste.
C'est ici qu'éclate un trait dominant du caractère
d'Hubert Lyautey : tout doit être selon lui examiné
d'un point de vue positif. Loin de se complaire dans une morosité
acerbée, il exerce son esprit critique en vue d'améliorer
l'institution militaire de son temps. Tout en construisant, à
travers de longues courses dans le sud algérien, son image
d'officier de piste, méthodique et clairvoyant, il met
à profit sa nomination d'aide de camp du général
l'Hotte, inspecteur général de la cavalerie, pour
accumuler les observations et les constats au fil des garnisons
parcourues entre 1883 et 1887, avant de prendre directement le
commandement d'un escadron à Saint-Germain-en-Laye entre
1888 et 1890.
Le fruit de ces expériences sera consigné quelques
mois plus tard, grâce au soutien de son ami l'écrivain
Eugène-Melchior de Vogue, dans le célèbre
article de la revue des Deux Mondes sur " le rôle
social de l'officier ", où Lyautey résume
sa pensée sur la fonction de l'armée dans la société.
La loi sur le service militaire universel date de 1872 mais,
d'Abel Hermant à Courteline, l'armée doit essuyer
maintes attaques que les chants de Deroulède ou le prestige
de Boulanger ne suffisent pas à désamorcer. Face
aux passions déchaînées, Lyautey fait entendre
la voix de la raison : le service militaire est le seul moyen
de toucher l'ensemble de la jeunesse française, il peut
donc favoriser l'unité du pays et la paix sociale, à
condition que les officiers ne soient plus seulement des instructeurs
mais des éducateurs. Lyautey envisage ainsi très
à l'avance le rôle décisif du moral dans
les conflits futurs, sachant que les batailles se gagnent dans
les esprits avant même d'être livrées sur
le terrain. C'est pourquoi il propose aux officiers, une mission
exaltante, celle de former la jeunesse, et de devenir, selon
son expression, " presque plus grands dans la paix que dans
la guerre ". Corps d'élite, l'armée ne peut
se scléroser dans les besognes quotidiennes des casernements
: elle est investie d'une mission sociale et chargée d'aller
à la rencontre de la jeunesse de France pour construire,
avec elle, l'unité de la Nation.
Formatrice de la jeunesse, l'armée a un autre grand rôle
à jouer, celui de protectrice de l'Empire. L'alliance
indéfectible entre l'Empire et l'armée sera la
seconde des grandes fidélités du futur maréchal.
C'est l'Algérie qu'il découvre d'abord,dès
sa première affectation au 2e Hussards. D'Orléansville
à Alger puis, dans le sud, à Teniet-el-Haad, il
s'enivre de lumière et de soleil, mais aussi de ces galops
à cheval qui le conduisent jusqu'au seuil mystérieux
du désert... Parallèlement, son génie de
l'observation et sa curiosité attentive lui font connaître
les ressorts de la société arabe ; il s'initie
à sa langue et à ses coutumes, et mesure la dignité
de sa foi.
La rencontre avec Gallieni qui l'appelle auprès de lui
au Tonkin, alors qu'il vient d'être nommé commandant
à quarante ans, conforte cette attitude et le consacre
officier colonial. Le suivant à Madagascar, où
il séjournera de 1897 à 1902, Lyautey donnera alors
la pleine mesure de ses capacités de soldat et d'administrateur.
Que ce soit dans la chasse qu'il livre aux pirates chinois ou
dans l'oeuvre de pacification qu'il accomplit à Madagascar,
il refuse de limiter sa mission aux opérations militaires
: c'est l'avenir économique des régions pacifiées
qui absorbe tous ses instants. Préserver leur équilibre
social, ouvrir des routes, améliorer l'hygiène,
développer l'enseignement, telles sont les tâches
où excellent l'intelligence brillante de Lyautey et son
sens étonnant de l'organisation.
Ainsi en vient-il naturellement à élaborer une
conception personnelle et originale des rapports entre la France
et ses possessions Outr&.-Mer qu'il décrit bientôt
dans une plaquette consacrée au rôle colonial de
l'armée.
Lyautey pressent que " c'est désormais sur les mers
que se joueront les destinées des nations " et que
si la France veut conserver au loin des escales et des bases,
elle doit adapter son comportement à la mentalité
des peuples. Son oeuvre ne durera qu'à cette condition.
Rien ne serait plus nuisible que d'imposer Outre-Mer des principes
exportés d'Europe. Il faut au contraire s'appuyer sur
les traditions locales et s'efforcer d'enraciner ensemble deux
civilisations. Homme de la province et de la France profonde,
Lyautey est trop averti des excès de la centralisation
et de la bureaucratie dans son propre pays pour ne pas en dénoncer
encore plus les méfaits dans les territoires lointains.
La seule politique réaliste, écrit-il, est celle
du " mandarin " qu'il définit en Indochine avant
de l'appliquer à Madagascar puis au Maroc.
L'armée peut et doit être, l'agent d'une politique
tout empreinte de grandeur et de noblesse. Car, pour le colonel
Lyautey qui, à la demande du gouverneur général
de l'Algérie, Charles Jonnart, prend en 1902 le commandement
de la subdivision d'Aïn-Sefra, dans le sud oranais, l'action
extérieure de la France doit échapper complètement
aux dangers du nationalisme politique ou de l'impérialisme
économique.
La seule chose qui compte, dit-il,
c'est de ramener " la vie, la culture et l'homme dans les
régions livrées aux bandits et à la stérilité
".. A supposer que la France n'en tire rien, nous n'aurons
pas moins été les ouvriers de l'oeuvre providentielle
sur ce globe ". Il faut que la guerre, lorsqu'elle est inévitable,
soit " productrice de vie ".
Mais cette vision de l'Empire s'oppose aux idées dominantes
de la 111e République et Lyautey, qui vient d'être
nommé général de brigade, se trouve pris
entre les exigences de la politique extérieure de Delcasse,
les critiques de certains milieux parlementaires et les propres
contraintes de la mission de protection qui lui incombe aux confins
algéro-marocains alors déchirés par de multiples
incidents.
De ces embûches qui entravent son chemin l'exemple de Gallieni,
" ce seigneur " !, comme il aimait à l'appeler,
lui permettra de triompher. Son indépendance d'esprit,
son absence de conformisme et son audace le feront venir à
bout de tous les obstacles. Face à ses succès incontestables,
ses adversaires le plus résolus sauront reconnaître
ses mérites, bientôt récompensés par
le grade de commandeur de la Légion d'honneur et le commandement
de la division d'Oran.
- C'est à partir de ce poste,
dans lequel il réussit l'impossible, qu'il est bientôt
reconnu comme le seul homme capable de résoudre l'épineuse
question marocaine.
Mais, entre-temps, sa nomination à la tête du corps
d'armée de Rennes l'empêche de s'opposer à
la dégradation rapide de la situation politique dans ce
pays, fruit d'une politique brutale qu'il ne cesse de désapprouver
la force doit être d'autant plus présente, affirme-t-il,
qu'elle doit être le moins possible utilisée.
Les graves incidents de Fez confirment, hélas, ce verdict,
mais ce n'est qu'après qu'ils se soient produits que Lyautey
est enfin envoyé au Maroc, comme premier résident
général de France.
Nous sommes en 1912, le maréchal Lyautey ne quittera pratiquement
plus le royaume chérifien jusqu'en 1925. Pendant toutes
ces années, il y imprime une marque indélébile
qui fera dire au grand spécialiste de l'Islam que fut
Louis Massignon : " Lyautey est le seul Français
qui ait eu une politique musulmane depuis François le,
"
S'il règle les aspects militaires, en coordonnant les
actions d'éclat d'officiers à la renommée
légendaire, les Gouraud, Brulard, Mangin et Franchet d'Esperey,
il limite volontairement l'implantation des troupes françaises
à ce qu'il appelle le " Maroc utile ", conformément
à sa volonté d'épargner ce bien précieux
et unique que constitue la vie humaine.
Plus encore, à travers la mise en place prudente du protectorat
qu'il oppose à l'administration directe et qui constitue
pour lui le modèle des relations à établir
entre la métropole et l'Outre-Mer, il réalise en
acte ce que ses écrits contenaient en puissance.
Renforçant le prestige du nouveau sultan, Moulay Youssef,
pour qu'il joue pleinement son rôle de chef politique et
de chef religieux, Lyautey se consacre avec son ardeur coutumière
à la modernisation du Maroc qu'autorise désormais
la restauration de la paix civile et de la stabilité politique.
Ses réalisations sont immenses : création de la
capitale administrative à Rabat, construction du port
moderne de Casablanca, développement des voies de communication,
de la santé et de l'éducation, réforme administrative.
Mais c'est sans doute dans l'urbanisme que son talent s'épanouit
avec le plus de bonheur. Il découvre que sa fonction lui
permet de concilier le souci de l'art et celui des réalisations
concrètes.
Assisté par une épouse qui joue auprès de
lui un rôle considérable, entouré de collaborateurs
de premier plan, tels le général Durosoy et le
regretté Gaston Palewski, dont je tiens à évoquer
la mémoire en ce heu, le résident général
constitue ainsi le Maroc en modèle de l'Etat qu'il souhaitait
servir.
Et le Maroc saura témoigner en retour, et de multiples
manières, sa reconnaissance et son affection à
ce grand serviteur : lorsqu'en 1923, le méréchal
Lyautey tombe gravement malade, le sultan lui accorde un privilège
jusque-là réservé au souverain lui-même,
en ordonnant que des prières publiques soient dites pour
sa guérison. Et c'est au Maroc aussi que son corps reposera
après sa mort.
- La France, hélas, ne manifestera
pas la même gratitude à son égard : la guerre
de 1914-18, à laquelle il souhaite prendre une part déterminante,
le laisse en dehors du théâtre européen où
il a dû pourtant envoyer ses meilleures troupes, tout en
poursuivant la pacification du Maroc. Rongeant son frein, il
est enfin appelé par Briand, à la fin de 1916,
comme ministre de la guerre, pour constater qu'il est simplement
l'objet d'une opération politique, tendant à faire
couvrir de son prestige des décisions qu'il condamne et
dont il prévoit aussitôt l'échec, comme l'offensive
Nivelle.
Démissionnant moins de trois mois après sa nomination,
il assiste depuis Rabat à la constitution par Clemenceau
du conseil de guerre restreint et du commandant interallié
qu'il avait toujours préconisé sans jamais être
entendu.
De nouveaux désaccords avec Paris, en particulier avec
Painlevé, au moment de la guerre du rif, le conduiront
à démissionner le 25 septembre 1925. Il n'occupera
plus alors aucune fonction officielle sinon en 1927, lorsque
Raymond Poincaré le nommera commissaire générale
de l'exposition coloniale internationale.
Mais cette désinvolture coupable des milieux gouvernementaux
n'érodera jamais pour autant la troisième de ses
fidélités celle qu'à travers l'Empire et
son armée, il vouera sans relâche ni état
d'âme à la grandeur de la France.
L'heure de la retraite, lorsqu'il renoue dans sa demeure de Thorey
avec les racines de sa Lorraine natale, l'autorise à s'interroger
en toute sérénité sur l'avenir de la France
et de ses institutions. Car, paradoxalement, lui qui consacra
toute son énergie à l'ceuvre coloniale, ne cessa
jamais de penser d'abord au redressement de la nation et à
la régénérescence de l'Etat.
Homme d'équilibre, Lyautey recherchait une synthèse
harmonieuse entre la tradition et le progrès. Homme d'ordre,
il ne concevait ce dernier que tourné vers le mouvement.
Homme d'autorité il n'envisageait celleci que comme un
service de la communauté.
S'il juge qu'une nouvelle Constitution est indispensable, il
ajoute que sa fécondité dépend d'un changement
concomitant des moeurs et des rapports sociaux : une nouvelle
politique suppose certainement la reconstitution d'une société
éclatée. Conscient des faiblesses du parlementarisme,
et en dépit de ses sympathies monarchistes, le maréchal
Lyautey restera toujours loyal à un régime républicain
qu'il estime désormais irremplaçable.
Dans la lignée d'un Tocqueville, il rêve sans doute
d'un conservatisme libéral proche de la tradition anglosaxonne
des " Tories î>. Elu à l'Académie
française en 1912, grand croix de la Légion d'honneur
depuis 1913, élevé à la dignité de
maréchal de France en 1921, les circonstances l'empêcheront
de réaliser ce rêve au terme d'une existence qu'il
a voulu et réussi à rendre en tous points exemplaire.
Son influence n'en demeure pas moins immense aujourd'hui et son
rayonnement ne s'est pas éteint avec sa mort, à
Thorey, le 27 juillet 1934.
C'est au pied des Invalides, où repose depuis 24 ans le
corps du maréchal Lyautey, mais aussi sur la place Denys-Cochin,
qui fut son contemporain et son correspondant, après avoir
été élu à 31 ans conseiller municipal
de Paris, qu'a été fixé l'emplacement de
la statue que nous avons l'honneur d'inaugurer.
Je veux y voir, bien plus qu'un symbôle, la volonté
convergente du député-maire de cet arrondissement,
ancien président du conseil municipal, mon ami Edouard
Frédéric-Dupont, sans lequel rien n'aurait pu être
fait, et de l'Association nationale maréchal Lyautey dont
le dévouement exceptionnel a permis, autour de son président,
le colonel Geoffroy, de préserver le souvenir du grand
soldat. Qu'il me soit permis d'associer spécialement à
cet hommage la famille du maréchal et d'exprimer ma reconnaissance
à chacun des corps constitués présents aujourd'hui.
L'initiative de cette cérémonie me paraît
d'autant plus heureuse que, grâce aux relations étroites
et confiantes entretenues dès l'origine avec le Comité
de la stèle de Paris, figure aux côtés de
la statue du maréchal Lyautey, une stèle à
tous ceux, civils ou militaires, morts Outre-Mer pour la France.
Un tel monument n'existait pas encore à paris : il honore
notre capitale et nulle place ne pouvait être mieux pour
commémorer le souvenir de nos concitoyens qui, à
l'exemple et dans l'esprit d'Hubert Lyautey, se sont illustrés
dans les terres lointaines, pour y construire, parfois jusqu'à
l'ultime sacrifice, une oeuvre authentiquement française,
c'est-à-dire profondément humaine qui, rejetant
les tentations dominatrices, a porté tout autour du monde,
et continue de porter aujourd'hui dans de nombreuses régions,
des fruits dont nous devons savoir être fiers et qui sont
autant de témoins indiscutables du rayonnement de la France
et des valeurs de sa civilisation.
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