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Histoires d'Hommes

Le Maréchal Lyautey Inauguration du monument place Denys Cochin à Paris
 Le Crabe Tambour  Jean-François Collin
Le Clairon de Sidi-Brahim L'Illustration (6 septembre1913)
Floréal Mathieu, Maire d'Oran  
 Le Capitaine Rabah Kheliff (Journée du 5 juillet 1962 - Oran)
 Le Bachaga Boualam  
 Delphine et Françoise DURR d'après l'Echo de l'Oranie
 Yves Saint-Laurent  d'après Racines Pieds-Noirs
 Robert Randau  d'après Racines Pieds-Noirs
 Alphonse Laveran  d'après Racines Pieds-Noirs
 Paul Belmondo  d'après Racines Pieds-Noirs
 Paul Robert   d'après Racines Pieds-Noirs
 Général Alphonse Juin   d'après Racines Pieds-Noirs

 

LE MARECHAL LYAUTEY
INAUGURATION DU MONUMENT PLACE DENYS COCHIN A PARIS
 
Il refuse de limiter sa mission aux opérations militaires : c'est l'avenir économique des régions pacifiées
qui absorbe tous ses instants,
préserver leur équilibre social, ouvrir des routes, améliorer l'hygiène, développer l'enseignement.

 
 Le samedi 4 mai 1985, place Denys Cochin, à Paris, a eu lieu, sous l'égide de M. Jacques Chirac, maire de Paris, l'inauguration du monument du maréchal Lyautey.
C'est près des Invalides, où repose sa dépouille mortelle, et avec le concours de l'Association nationale maréchal Lyautey, et du Comité de la stèle de Paris qu'a pu être réalisé ce monument dédié également " à tous ceux, civils et militaires, qui sont morts Outre-Mer pour la France ".

A cette cérémonie assistaient de nombreuses personnalités parmi lesquelles : Mme la maréchale Leclerc ; M. Jean Laurain, secrétaire d'Etat aux anciens combattants ; le représentant de l'ambassadeur du Maroc ; M. Jacquinot, ancien ministre ; M. Frédéric-Dupont, ancien ministre, adjoint au maire de Paris, maire du 7e arrondissement ; le général commandant la 1ère Région militaire, de très nombreux généraux parmi lesquels le général Bigeard, le préfet de la Seine ; le colonel Geoffroy, président de l'association maréchal Lyautey ; M. de Sancy, président du Comité de la stèle ; le colonel Gardes.
L'ANFANOMA était représentée par M. Jean Augeai, président national ; M. Sainsot ; Mme De Gea ; M. Charié-Marsaines ; le commandant Arnould ; MM. Boeza et Coll.
Une foule extrêmement nombreuse s'était massée tout autour de la place ; un détachement du 2e Hussards (régiment dans lequel servit le jeune lieutenant Lyautey) rendait les honneurs avec musique, et une délégation importante de scouts.

Allocution de M. Alain de Sancy

Votre présence sur cette place Denys Cochin en ce matin du 4 mai 1985 pour assister à la double inauguration de la première statue en France du maréchal Lyautey et de la stèle dédiée par son comité

" A tous ceux, civils et militaires qui sont morts Outre-Mer pour la France " est pour les responsables de cet ensemble architectural un très grand réconfort, elle permet en effet de dire en langage militaire " Mission accomplie ".

Permettez-moi de remercier les " architectes " de ce monument. Je veux parler de M. Chirac, maire de Paris pour l'aide substantielle qu'il a fait voter par son conseil municipal et qui nous a permis de mettre en chantier notre projet. J'y associe M. Bolufer, notre guide efficace dans le labyrinthe que représentent les nombreux services de l'Hôtel de Ville qu'il nous fallait contacter.
Merci à M. Frédéric-Dupont, maire du 7e arrondissement pour nous avoir offert ce superbe emplacement baigné dans l'atmosphèr d'un glorieux passé militaire entre les Invalides et l'Ecole Militaire.
Merci aux souscripteurs dont la générosité a permis le financement de cet ensemble architectural. Merci au colonel Geoffroy, président de l'Association nationale maréchal Lyautey et à M. l'inspecteur général Masselot pour l'accueil qu'ils m'ont réservé permettant d'associer le projet du Comité de la stèle au leur et de placer ainsi cette stèle sous le noble regard du maréchal Lyautey.
Rendre un hommage solennel à ceux qui sont allés jusqu'au sacrifice suprême pour contribuer au rayonnement et à la grandeur de la France sur les terres lointaines, tel est l'objectif de cette stèle.
Dès le XIXe siècle et le début du XXe , la France puissance militaire et maritime assumait pleinement sa destinée colonisatrice afin de protéger les populations d'une part contre l'insécurité que la piraterie faisait peser sur les mers et d'autre part sur terre contre les pillards, auteurs de razzias incessantes et mettre fin à l'esclavagisme tribal.
La France porteuse de la civilisation occidentale et chrétienne s'était donné pour tâche de protéger les missionnaires qui en plus de leur mission évangélisatrice apportaient aux autochtones leurs connaissances médicales et éducatrices, ce fut le cas en Indochine, à Madagascar, en Afrique, où bâtisseurs infatigables, ils construisirent des ouvroirs, des hôpitaux, des écoles.
N'oublions pas un point important, l'armée au cours de ses campagnes de pacification était accompagnée de civils, agriculteurs, administrateurs coloniaux, ouvriers, ingénieurs... C'est sous sa protection que ces corps de métiers construisirent eux aussi des routes, des ponts, des barrages d'irrigation ou entreprirent des opérations de drainage pour assainir les régions marécageuses... faisant passer ces pays de l'ère moyenâgeuse à celle du monde moderne. Grâce à ces entreprises et aussi au courage et au travail des agriculteurs, les terres incultes depuis des siècles se mirent à produire.
C'est cela le passé colonisateur de la France si bien exprimé en ces termes par le maréchal Lyautey " La pacification, l'action colonisatrice doivent progresser en - tache d'huile - souple mélange de politique d'amitié et de politique de force, de raids militaires se muant en essor économique et commercial ".

Voici donc résumée l'action de la France dans ces pays d'Outre-Mer. Quel contraste avec ce que prétendent les illustres représentants de " l'Intelligentsia " d'obédience marxiste qui par tous les moyens essayent de discréditer l'oeuvre de la France. Une chose cependant ne peut être effacée d'un revers de main, même par eux, c'est l'empreinte de la langue française que ces pays utilisent toujours pour s'exprimer sur les places internationales.
Français par le sang reçu et aussi Français par le sang versé, que cette stèle soit pour nous l'image de la sépulture que vous n'avez jamais eue ou qu'elle remplace celle que vous aviez et qui a été profanée. En prononçant ces paroles je pense à ces milliers de Harkis et de " Pieds-noirs " morts sous la torture pour avoir aimé la France et à vous aussi Français qui mourez en NouvelleCalédonie pour vouloir rester Français.
A quelques jours du 40e anniversaire de la victoire de 1945 comment ne pas avoir une pensée pour celle qui est le modèle des combattants, Jeanne d'Arc patronne de nos villes et de nos villages, symbole de la France.
Mais aujourd'hui c'est vers vous tous, civils et militaires, qui avez servi la grandeur de la France jusqu'au sacrifice suprême, que va notre reconnaissance, concrétisée par cette stèle élevée sous le regard du maréchal Lyautey, serviteur exemplaire de la France tout au long de sa carrière.

Allocution de M. Jacques Chirac, maire de Paris

Lyautey, autrefois, s'écrivait Loyauté.
C'est bien en effet cette éminente qualité humaine qu'a incarnée tout au long de sa vie le grand maréchal de France auquel la Ville de Paris a tenu à rendre, cinquante ans après sa mort, un hommage reconnaissant et solennel.
C'est bien cette vertu essentielle du soldat et du citoyen que le maréchal Lyautey a voulu mettre au service de sa triple passion pour l'armée, pour l'Empire et pour la France. C'est elle qui, dans les succès comme dans les déceptions, a illuminé ses jours en lui donnant la force nécessaire pour assumer en toutes circonstances la noblesse de son idéal.
Rarement histoire personnelle et histoire nationale auront coïncidé avec autant de bonheur et d'éclat qu'en la personne d'Hubert Lyautey, né en terre Lorraine, en 1854.
Son ascendance, faite de souches à la fois paysannes, bourgeoises et aristocratiques, l'enracine, dans une tradition qui, jusqu'à sa mort, ne cessera de l'inspirer celle du service de l'Etat qui, quel que soit le régime en place, mérite le dévouement le plus total jusqu'à l'accomplissement éventuel du sacrifice suprême.
Nancy, Dijon, Paris : c'est dans ces lieux qu'au cours de ses années de formation, la personnalité d'Hubert Lyautey acquiert ses contours définitifs.
Son enfance, dans la capitale de Lorraine, est marquée par la douloureuse épreuve d'une paralysie, qui le frappe accidentellement, occasion de tremper dans le courage et la volonté un caractère, dont chacun admirera plus tard la détermination. L'occupation de l'Alsace-Lorraine et les événements tragiques de la commune constituent ensuite, pour l'adolescent du lycée de Dijon, les premières leçons politiques qui nourriront ses réflexions et ses propositions sur la nécessité d'une profonde réforme intellectuelle et morale. Puis, le voici à Paris, sur les bancs de l'école Sainte-Geneviève, où fortement influencé par la personnalité rayonnante du père Stanislas du Lac, il se présente au concours d'entrée à Saint-Cyr pour y être reçu en 1873.
Ainsi se trouve inaugurée, dans cette rencontre avec l'armée, la première de ses fidélités, qu'il assumera dans toutes ses exigences, même celles qui heurteront le plus son tempérament et ses propres sentiments. En effet, Hubert Lyautey que sa famille destinait plutôt à Polytechnique, entre à l'école spéciale militaire, sinon par hasard, du moins sans l'avoir véritablement prévu, de même qu'il intégrera comme jeune lieutenant, le corps d'état-major avec lequel ultérieurement son opposition sera manifeste.
C'est ici qu'éclate un trait dominant du caractère d'Hubert Lyautey : tout doit être selon lui examiné d'un point de vue positif. Loin de se complaire dans une morosité acerbée, il exerce son esprit critique en vue d'améliorer l'institution militaire de son temps. Tout en construisant, à travers de longues courses dans le sud algérien, son image d'officier de piste, méthodique et clairvoyant, il met à profit sa nomination d'aide de camp du général l'Hotte, inspecteur général de la cavalerie, pour accumuler les observations et les constats au fil des garnisons parcourues entre 1883 et 1887, avant de prendre directement le commandement d'un escadron à Saint-Germain-en-Laye entre 1888 et 1890.
Le fruit de ces expériences sera consigné quelques mois plus tard, grâce au soutien de son ami l'écrivain Eugène-Melchior de Vogue, dans le célèbre article de la revue des Deux Mondes sur " le rôle social de l'officier ", où Lyautey résume sa pensée sur la fonction de l'armée dans la société.
La loi sur le service militaire universel date de 1872 mais, d'Abel Hermant à Courteline, l'armée doit essuyer maintes attaques que les chants de Deroulède ou le prestige de Boulanger ne suffisent pas à désamorcer. Face aux passions déchaînées, Lyautey fait entendre la voix de la raison : le service militaire est le seul moyen de toucher l'ensemble de la jeunesse française, il peut donc favoriser l'unité du pays et la paix sociale, à condition que les officiers ne soient plus seulement des instructeurs mais des éducateurs. Lyautey envisage ainsi très à l'avance le rôle décisif du moral dans les conflits futurs, sachant que les batailles se gagnent dans les esprits avant même d'être livrées sur le terrain. C'est pourquoi il propose aux officiers, une mission exaltante, celle de former la jeunesse, et de devenir, selon son expression, " presque plus grands dans la paix que dans la guerre ". Corps d'élite, l'armée ne peut se scléroser dans les besognes quotidiennes des casernements : elle est investie d'une mission sociale et chargée d'aller à la rencontre de la jeunesse de France pour construire, avec elle, l'unité de la Nation.

Formatrice de la jeunesse, l'armée a un autre grand rôle à jouer, celui de protectrice de l'Empire. L'alliance indéfectible entre l'Empire et l'armée sera la seconde des grandes fidélités du futur maréchal.
C'est l'Algérie qu'il découvre d'abord,dès sa première affectation au 2e Hussards. D'Orléansville à Alger puis, dans le sud, à Teniet-el-Haad, il s'enivre de lumière et de soleil, mais aussi de ces galops à cheval qui le conduisent jusqu'au seuil mystérieux du désert... Parallèlement, son génie de l'observation et sa curiosité attentive lui font connaître les ressorts de la société arabe ; il s'initie à sa langue et à ses coutumes, et mesure la dignité de sa foi.
La rencontre avec Gallieni qui l'appelle auprès de lui au Tonkin, alors qu'il vient d'être nommé commandant à quarante ans, conforte cette attitude et le consacre officier colonial. Le suivant à Madagascar, où il séjournera de 1897 à 1902, Lyautey donnera alors la pleine mesure de ses capacités de soldat et d'administrateur.
Que ce soit dans la chasse qu'il livre aux pirates chinois ou dans l'oeuvre de pacification qu'il accomplit à Madagascar, il refuse de limiter sa mission aux opérations militaires : c'est l'avenir économique des régions pacifiées qui absorbe tous ses instants. Préserver leur équilibre social, ouvrir des routes, améliorer l'hygiène, développer l'enseignement, telles sont les tâches où excellent l'intelligence brillante de Lyautey et son sens étonnant de l'organisation.
Ainsi en vient-il naturellement à élaborer une conception personnelle et originale des rapports entre la France et ses possessions Outr&.-Mer qu'il décrit bientôt dans une plaquette consacrée au rôle colonial de l'armée.
Lyautey pressent que " c'est désormais sur les mers que se joueront les destinées des nations " et que si la France veut conserver au loin des escales et des bases, elle doit adapter son comportement à la mentalité des peuples. Son oeuvre ne durera qu'à cette condition. Rien ne serait plus nuisible que d'imposer Outre-Mer des principes exportés d'Europe. Il faut au contraire s'appuyer sur les traditions locales et s'efforcer d'enraciner ensemble deux civilisations. Homme de la province et de la France profonde, Lyautey est trop averti des excès de la centralisation et de la bureaucratie dans son propre pays pour ne pas en dénoncer encore plus les méfaits dans les territoires lointains. La seule politique réaliste, écrit-il, est celle du " mandarin " qu'il définit en Indochine avant de l'appliquer à Madagascar puis au Maroc.
L'armée peut et doit être, l'agent d'une politique tout empreinte de grandeur et de noblesse. Car, pour le colonel Lyautey qui, à la demande du gouverneur général de l'Algérie, Charles Jonnart, prend en 1902 le commandement de la subdivision d'Aïn-Sefra, dans le sud oranais, l'action extérieure de la France doit échapper complètement aux dangers du nationalisme politique ou de l'impérialisme économique.

La seule chose qui compte, dit-il, c'est de ramener " la vie, la culture et l'homme dans les régions livrées aux bandits et à la stérilité ".. A supposer que la France n'en tire rien, nous n'aurons pas moins été les ouvriers de l'oeuvre providentielle sur ce globe ". Il faut que la guerre, lorsqu'elle est inévitable, soit " productrice de vie ".
Mais cette vision de l'Empire s'oppose aux idées dominantes de la 111e République et Lyautey, qui vient d'être nommé général de brigade, se trouve pris entre les exigences de la politique extérieure de Delcasse, les critiques de certains milieux parlementaires et les propres contraintes de la mission de protection qui lui incombe aux confins algéro-marocains alors déchirés par de multiples incidents.
De ces embûches qui entravent son chemin l'exemple de Gallieni, " ce seigneur " !, comme il aimait à l'appeler, lui permettra de triompher. Son indépendance d'esprit, son absence de conformisme et son audace le feront venir à bout de tous les obstacles. Face à ses succès incontestables, ses adversaires le plus résolus sauront reconnaître ses mérites, bientôt récompensés par le grade de commandeur de la Légion d'honneur et le commandement de la division d'Oran.

C'est à partir de ce poste, dans lequel il réussit l'impossible, qu'il est bientôt reconnu comme le seul homme capable de résoudre l'épineuse question marocaine.
Mais, entre-temps, sa nomination à la tête du corps d'armée de Rennes l'empêche de s'opposer à la dégradation rapide de la situation politique dans ce pays, fruit d'une politique brutale qu'il ne cesse de désapprouver la force doit être d'autant plus présente, affirme-t-il, qu'elle doit être le moins possible utilisée.
Les graves incidents de Fez confirment, hélas, ce verdict, mais ce n'est qu'après qu'ils se soient produits que Lyautey est enfin envoyé au Maroc, comme premier résident général de France.
Nous sommes en 1912, le maréchal Lyautey ne quittera pratiquement plus le royaume chérifien jusqu'en 1925. Pendant toutes ces années, il y imprime une marque indélébile qui fera dire au grand spécialiste de l'Islam que fut Louis Massignon : " Lyautey est le seul Français qui ait eu une politique musulmane depuis François le, "
S'il règle les aspects militaires, en coordonnant les actions d'éclat d'officiers à la renommée légendaire, les Gouraud, Brulard, Mangin et Franchet d'Esperey, il limite volontairement l'implantation des troupes françaises à ce qu'il appelle le " Maroc utile ", conformément à sa volonté d'épargner ce bien précieux et unique que constitue la vie humaine.
Plus encore, à travers la mise en place prudente du protectorat qu'il oppose à l'administration directe et qui constitue pour lui le modèle des relations à établir entre la métropole et l'Outre-Mer, il réalise en acte ce que ses écrits contenaient en puissance.

Renforçant le prestige du nouveau sultan, Moulay Youssef, pour qu'il joue pleinement son rôle de chef politique et de chef religieux, Lyautey se consacre avec son ardeur coutumière à la modernisation du Maroc qu'autorise désormais la restauration de la paix civile et de la stabilité politique.
Ses réalisations sont immenses : création de la capitale administrative à Rabat, construction du port moderne de Casablanca, développement des voies de communication, de la santé et de l'éducation, réforme administrative.
Mais c'est sans doute dans l'urbanisme que son talent s'épanouit avec le plus de bonheur. Il découvre que sa fonction lui permet de concilier le souci de l'art et celui des réalisations concrètes.
Assisté par une épouse qui joue auprès de lui un rôle considérable, entouré de collaborateurs de premier plan, tels le général Durosoy et le regretté Gaston Palewski, dont je tiens à évoquer la mémoire en ce heu, le résident général constitue ainsi le Maroc en modèle de l'Etat qu'il souhaitait servir.
Et le Maroc saura témoigner en retour, et de multiples manières, sa reconnaissance et son affection à ce grand serviteur : lorsqu'en 1923, le méréchal Lyautey tombe gravement malade, le sultan lui accorde un privilège jusque-là réservé au souverain lui-même, en ordonnant que des prières publiques soient dites pour sa guérison. Et c'est au Maroc aussi que son corps reposera après sa mort.
La France, hélas, ne manifestera pas la même gratitude à son égard : la guerre de 1914-18, à laquelle il souhaite prendre une part déterminante, le laisse en dehors du théâtre européen où il a dû pourtant envoyer ses meilleures troupes, tout en poursuivant la pacification du Maroc. Rongeant son frein, il est enfin appelé par Briand, à la fin de 1916, comme ministre de la guerre, pour constater qu'il est simplement l'objet d'une opération politique, tendant à faire couvrir de son prestige des décisions qu'il condamne et dont il prévoit aussitôt l'échec, comme l'offensive Nivelle.
Démissionnant moins de trois mois après sa nomination, il assiste depuis Rabat à la constitution par Clemenceau du conseil de guerre restreint et du commandant interallié qu'il avait toujours préconisé sans jamais être entendu.
De nouveaux désaccords avec Paris, en particulier avec Painlevé, au moment de la guerre du rif, le conduiront à démissionner le 25 septembre 1925. Il n'occupera plus alors aucune fonction officielle sinon en 1927, lorsque Raymond Poincaré le nommera commissaire générale de l'exposition coloniale internationale.
Mais cette désinvolture coupable des milieux gouvernementaux n'érodera jamais pour autant la troisième de ses fidélités celle qu'à travers l'Empire et son armée, il vouera sans relâche ni état d'âme à la grandeur de la France.
L'heure de la retraite, lorsqu'il renoue dans sa demeure de Thorey avec les racines de sa Lorraine natale, l'autorise à s'interroger en toute sérénité sur l'avenir de la France et de ses institutions. Car, paradoxalement, lui qui consacra toute son énergie à l'ceuvre coloniale, ne cessa jamais de penser d'abord au redressement de la nation et à la régénérescence de l'Etat.
Homme d'équilibre, Lyautey recherchait une synthèse harmonieuse entre la tradition et le progrès. Homme d'ordre, il ne concevait ce dernier que tourné vers le mouvement. Homme d'autorité il n'envisageait celleci que comme un service de la communauté.

S'il juge qu'une nouvelle Constitution est indispensable, il ajoute que sa fécondité dépend d'un changement concomitant des moeurs et des rapports sociaux : une nouvelle politique suppose certainement la reconstitution d'une société éclatée. Conscient des faiblesses du parlementarisme, et en dépit de ses sympathies monarchistes, le maréchal Lyautey restera toujours loyal à un régime républicain qu'il estime désormais irremplaçable.
Dans la lignée d'un Tocqueville, il rêve sans doute d'un conservatisme libéral proche de la tradition anglosaxonne des " Tories î>. Elu à l'Académie française en 1912, grand croix de la Légion d'honneur depuis 1913, élevé à la dignité de maréchal de France en 1921, les circonstances l'empêcheront de réaliser ce rêve au terme d'une existence qu'il a voulu et réussi à rendre en tous points exemplaire. Son influence n'en demeure pas moins immense aujourd'hui et son rayonnement ne s'est pas éteint avec sa mort, à Thorey, le 27 juillet 1934.
C'est au pied des Invalides, où repose depuis 24 ans le corps du maréchal Lyautey, mais aussi sur la place Denys-Cochin, qui fut son contemporain et son correspondant, après avoir été élu à 31 ans conseiller municipal de Paris, qu'a été fixé l'emplacement de la statue que nous avons l'honneur d'inaugurer.
Je veux y voir, bien plus qu'un symbôle, la volonté convergente du député-maire de cet arrondissement, ancien président du conseil municipal, mon ami Edouard Frédéric-Dupont, sans lequel rien n'aurait pu être fait, et de l'Association nationale maréchal Lyautey dont le dévouement exceptionnel a permis, autour de son président, le colonel Geoffroy, de préserver le souvenir du grand soldat. Qu'il me soit permis d'associer spécialement à cet hommage la famille du maréchal et d'exprimer ma reconnaissance à chacun des corps constitués présents aujourd'hui.
L'initiative de cette cérémonie me paraît d'autant plus heureuse que, grâce aux relations étroites et confiantes entretenues dès l'origine avec le Comité de la stèle de Paris, figure aux côtés de la statue du maréchal Lyautey, une stèle à tous ceux, civils ou militaires, morts Outre-Mer pour la France. Un tel monument n'existait pas encore à paris : il honore notre capitale et nulle place ne pouvait être mieux pour commémorer le souvenir de nos concitoyens qui, à l'exemple et dans l'esprit d'Hubert Lyautey, se sont illustrés dans les terres lointaines, pour y construire, parfois jusqu'à l'ultime sacrifice, une oeuvre authentiquement française, c'est-à-dire profondément humaine qui, rejetant les tentations dominatrices, a porté tout autour du monde, et continue de porter aujourd'hui dans de nombreuses régions, des fruits dont nous devons savoir être fiers et qui sont autant de témoins indiscutables du rayonnement de la France et des valeurs de sa civilisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Qui se souvient du Bachaga Boualam ?..

Il était de ces hommes encore capables, après les pires injures faites aux siens, de regarder avec émotion les couleurs françaises. Qui a plus servi, à mieux servi la France que le Bachaga Boualam et les siens ?
 
Retrouvez l'intégralité de l'article en cliquant sur le lien:

http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article71220.php




 

 

 

 

 


LE CRABE-TAMBOUR S'EN EST ALLÉ !

"Je n'ai pas un goût particulier pour le renoncement et le déshonneur".

Le Lieutenant de Vaisseau Pierre GUILLAUME
est décédé le 3 décembre 2002
après un combat très courageux contre une maladie impitoyable.
 
 
 
 
En 1957 il suspend son service militaire dans la Marine pour prendre le commandement du Commando parachutiste à la tête duquel son frère Jean-Marie a été tué. Sa mission : traquer les réseaux de fournitures d'armes au FLN.
En avril 1961, pendant le putsch, il est adjoint du général Challe pour les questions maritimes. Jugé le 17 août 1961, il déclare : "Si je n'étais pas dans ce box, je serais dans les rangs de l'OAS". Il est condamné à 4 ans de prison avec sursis. "Rendu de force à la vie civile, hostile à la politique d'abandon gaulliste, une seule issue me reste possible : le passage dans les rangs de l'OAS" déclara-t-il à la fin de son procès.
Il devient l'adjoint militaire du Général Jouhaud, chef de l'OAS d'Oran. Il organisa, entre autres, le célèbre mitraillage du terrain marocain d'Oujda par deux pilotes de T6 de l'Organisation. Le 24 mars 1962 à Oran, il est arrêté et est ensuite condamné par la Cour de sûreté de l'état, une juridiction gaulliste illégale, à huit années de détention qu'il purgera pour bonne partie à Tulle avec Salan, Jouhaud, Camelin, de Sèze…

Il a animé jusqu'à ses derniers jours, avec une grande compétence, sur Radio Courtoisie, une émission très suivie par les patriotes.
Sa dernière grande joie aura été d'avoir pu assister, malgré son extrême faiblesse, le 1er novembre à Théoule Sur Mer, au pied de Notre-Dame d'Afrique, à l'inauguration des 94 plaques du "Carré des Camarades de combat tombés pour l'Algérie française". Il avait dit alors quel était son enthousiasme d'avoir vu l'immense ferveur des centaines de participants à cette cérémonie publique d'hommage aux héros de l'Algérie française.

Son aventure militaire indochinoise lui avait valu d'être le modèle du héros du film magnifique de Pierre Schoendorffer : Le Crabe-Tambour

Jean-François Collin, Président de l'Adimad Sud

 


 

 LE CLAIRON DE SIDI-BRAHIM

Le petit bourg de Lacalm, dans l'Aveyron, a été le théâtre d'une cérémonie qui laissera dans la mémoire de ceux qui en furent les témoins émus une durable impression. L'ancien clairon de chasseurs à pied Rolland, le dernier survivant de Sidi-Brahim, était, à l'occasion du 14 juillet dernier, promu au grade d'officier de la Légion d'honneur.
Le gouvernement avait tenu à donner à ce premier geste élégant une signification plus profonde encore en entourant d'un éclat inusité la remise, à ce vieux vaillant soldat, de l'étoile d'or : le général de Castelnau, sous-chef d'état-major général de l'armée, et Aveyronnais comme Rolland, avait été délégué par la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur pour accrocher sur la poitrine de ce vieux paysan, qu'auréole un si fier passé, son nouvel insigne, et le ministre de la Guerre avait eu la délicate pensée d'envoyer dans ce village perdu le drapeau, l'unique drapeau des chasseurs à pied, avec sa garde. Plusieurs députés étaient présents et notamment M. Massabuau, qui prit l'initiative de signaler à l'attention du ministre de la Guerre les titres de Rolland à la promotion dont il vient d'être l'objet, M. le commandant Driant, etc., etc.
 
 
D'autre part, Mgr de Ligonès, évêque de Rodez, lui-même ancien capitaine des mobiles de la Lozère, en 1870, associait l'Eglise au patriotique hommage rendu à Rolland en célébrant en son honneur une messe solennelle.
Guillaume Rolland a quatre-vingt-douze ans. Il demeure vigoureux, l'oeil clair.
Le général de Castelnau agrafa sur la poitrine du vieux brave, à côté de la médaille coloniale, le ruban à rosette et la croix, puis lui donna l'accolade, s'adressant à lui en patois, et, familièrement, le tutoyant, en frère d'armes. Mais un mouvement spontané de Rolland mit le comble à l'émotion dont vibraient déjà les spectateurs de cette scène. Il vit soudain le drapeau :
" Et alors, dit le commandant Driant, une pensée lui vint, profondément touchante, parce qu'il ne l'avait puisée dans aucune lecture. Il ignorait que, dans des circonstances officielles, des présidents de la République avaient embrassé le drapeau ; il demanda au lieutenant-colonel Valentin, un ancien commandant du 8e bataillon, que le ministre avait délégué à cette fête du souvenir, la permission d'approcher, prit timidement l'extrémité de la soie, s'inclina en la baisant pieusement et ce geste, d'une noblesse incomparable dans sa sincérité, arracha des larmes aux plus sceptiques. "

L'Illustration du 6 septembre 1913
Légende de la photo : Celui qui sonna la charge de Sidi-Brahim
Derrière Rolland, le général de Castelnau, qui vient d'épingler sur ses autres décorations la croix d'officier et le ruban à rosette


 Floréal Mathieu

Né à Paris le 19 mai 1834 au 38 rue Montmartre, fils de Joseph, Antoine Mathieu et de Anne-Marie Wagner.
Pharmacien, Conseiller général, Maire de la ville d'Oran durant plusieurs années, décédé à Oran le 26 octobre 1893. « Créateur de l'Hôpital civil, de l'Hôtel de Ville, des lycées de garçons et de jeunes filles, du Palais de justice, de la Gendarmerie etc. etc. » (extrait d'un article paru dans le « Libéral » 26 rue d'Arzeu, Oran le 26 octobre 1893.
Marié le 28 mai 1871 à la mairie d'Oran, avec Joséphine, Paméla Barrière, née le 26 septembre 1846 à Mazamet (Tarn) fille de Barrière Isidore et de Drouet Virginie.
Institutrice à Sainte Léonie, (commune de Saint Cloud, département d'ORAN. Décédée à Oran le 4 octobre 1893.
Leurs enfants : Cécile Anna, née le 23 novembre 1873 à Oran, mariée au Docteur Albert Brégeat, médecin ; Lucie, Suzanne : née le 18 juillet 1872 à Oran, mariée à maître Jean Petauton, avocat ; Léon Paul Isidore, né le 13 février 1878 à Oran, militaire de carrière
 
 
Les Parents de Floréal MATHIEU
MATHIEU Joseph Antoine, tailleur, né le 24 mars 1792 à Saint- Pierre (Bas Rhin), marié le 25 juillet 1821 à Strasbourg à WAGNER Anne-Marie née le 26 mai 1791 à Strasbourg (Bas Rhin) Domicilié à Paris 38 rue Montmartre, 3° arrondissement, à cette époque.
Autorisé à partir s'installer comme agriculteur en Oranie le 29 octobre 1848 par un extraordinaire décret impératif, ressemblant fort à une expulsion. Il s'agit d'un décret de l'Assemblée Nationale daté du 19 septembre 1848 doublé d'un arrêté ministériel du 27/ 09/ 48 organisant un convoi obligatoire pour les voyageurs à destination de l'Algérie. De plus, une note du général de Lamoricière décrit pour l'Algérie et ceci en 28 articles, les dangers qui attendent les immigrants. La sécurité précaire et les épidémies de toutes sortes, semblent bien montrer qu'il serait curieux que des petits bourgeois, dont notre aïeul installé comme tailleur, se soient précipités pour retourner la terre aride des environs d'Oran.
Néanmoins, la propagande affirme que l'on faisait un « pont d'or » à ceux qui voulaient partir.
Ce pont d'or le voici : (Extrait du « livret de la colonisation en Algérie » remis à chaque postulant).
Pour la superficie de la terre octroyée
En ville, 3 ares, puis en fonction de l'éloignement des zones habitées et protégées par l'armée, des surfaces allant de 20 ares à 8 hectares. Pas de quoi faire fortune !
Pour les outils (à rembourser auprès de l'administration militaire)
Deux pioches, 1 sarcloir, 1 bêche, 1 pelle, 1 fourche et 1 hache.
Semences et matériels divers
Arbres fruitiers 6
Pommes de terre 75 kg.
Graines potagères 16,40 kg.
2 couvertures, 3 bougies, 2 lits et 1 table
Vêtements : à régler au capitaine missionnaire lors de son passage.
 
Ce ne sont pas les travaux forcés comme à Cayenne, mais c'est quand même très astreignant.
(renseignements fournis par Paul Gantès)
Pour un souvenir !
 
Les générations passent, les hommes disparaissent, et l'oubli enveloppe la mémoire de ceux qui rendirent à la ville les plus signalés services. Parmi eux, il nous sera permis de citer un homme qui fut sans contredit un des artisans les plus actifs du développement d'Oran : Mathieu Floréal, pharmacien, dans le bas quartier.
Ceux qui se souviennent de ce qu'était la ville en 1875, ont la vision d'une localité de province, assise au bord de la Méditerranée, confinée dans le quartier de la marine, destinée semblait-il à n'en pas sortir. Il fallait avoir le courage de briser la ceinture de fer qui la ceignait impitoyablement. Pour cela il était nécessaire de faire échec à des préventions s'intérêts légitimes. Ce courage Mathieu devait l'avoir. C'est lui qui allait présider à l'essor formidable de la Cité. Homme d'initiative, de persévérance, de ténacité, il s'attelait à cette besogne, dès les débuts de son mandat de Maire, en mars 1878.
Il traça les grands Boulevards : Séguin, Fulton, d'Iéna, Sébastopol, Magenta, Marceau, Mascara, du Sud. Une grande ville se créait ainsi à côté de l'autre, pour remplir l'espace laissé libre par le recul des fortifications.
Sous l'impulsion intelligente et active de cet administrateur hors ligne la ville de 40.000 âmes passait à 80.000 en 15 ans.
Entre temps, il faisait construire de nombreux groupes scolaires - l'Hôtel de Ville actuel, le Lycée. Il acquerrait le collège des Jeunes Filles et réalisait avec Cayla, le grand projet d'adduction des eaux de Brédéah.
Mathieu consacrait ses journées et ses veillées à la prospérité de ce pays dans l'avenir duquel il avait une foi intense. Jamais il ne se décourageait. La politique municipale est difficile et ardue. Elle est semée de ronces et d'épines. Elle lui réserva aussi ses injustices et ses avanies.
Il conservait toujours et malgré tout une inaltérable bonne humeur. Il était d'un caractère doux, humain, charitable, accessible aux humbles dont il était adoré. Ces qualités lui ont valu sept élections à la première magistrature de la ville d'Oran.
Je le vois encore, dans les premiers jours de juillet 1893, fatigué, malade d'une affection qui ne pardonne pas.
Il s'occupait de sa liste ; la dernière, il savait qu'il était condamné, souffrait terriblement, mais il allait quand même, guidé par son devoir. La politique lui coûtait une fortune. Elle allait lui prendre la vie quelques mois après.
Mathieu mourut le 16 octobre 1893. Sa vie toute entière avait été consacrée à l'embellissement et à l'épanouissement de la Cité qu'il aimait tant.
Où est le Boulevard ? Quelle est seulement la rue qui porte son nom ? Ou est le buste rappelant ses traits aux générations, pour qu l'essor grandiose d'Oran sera toujours un sujet d'admiration ?
Velox 26 juin 1911
 
Statue ou médaillon ?

Cet article reflète, sous une forme modérée, le sentiment presque unanime de l'opinion, des ouvriers surtout qui ont conservé de M. Mathieu un souvenir que n'effacera pas celui de M. Giraud. Les amis qui parlent aujourd'hui de couler en bronze M. Giraud clament que c'est un hommage dû par la population à l'homme qui a tant fait pour notre ville.
Eh bien ! Nous avons beau chercher, nous ne trouvons guère à l'actif de M. Giraud que le théâtre qui n'est qu'une cage à poules. Ce monument édifié par un architecte de Lille, parce qu'il n'y en avait pas, paraît-il, de capables à Oran, devait coûter une somme relativement minime, il sera payé le double.
La vérité ne doit pas être déguisée même après la disparition d'un homme politique. Giraud n'était pas populaire ; et il suffit d'avoir vu ses obsèques pour s'en convaincre. Le convoi funèbre était purement officiel et on a pu voir derrière le char tout ce qu'Oran compte de fonctionnaires.
Le peuple, lui, s'est massé en curieux de chaque côté des trottoirs et a constaté l'absence de l'ouvrier, du prolétaire, aux obsèques de celui qui fut maire d'Oran.
Il se reporta quelques années en arrière et revit alors l'enterrement du regretté Floréal Mathieu, maire d'Oran, auquel la population entière fit des funérailles imposantes. Derrière le cercueil de Mathieu ne se trouvaient pas ceux qui, quelques années auparavant lui avaient fait céder l'écharpe sous menaces de faillite ; mais il y avait le peuple, les ouvriers, les travailleurs. La blouse se frottait à l'habit, le juif en seroual, l'arabe en burnous, le mendiant et le riche marchaient côte à côte et pleuraient silencieusement. Les larmes étaient vraies, les regrets sincères.
On a pleuré Mathieu car Oran faisait une perte irréparable. Mathieu était populaire, et il a fait pour Oran plus que tous ses successeurs. A Mathieu nous devons l'Hôpital Civil, notre bel Hôtel de Ville, le Palais de Justice, la Gendarmerie, les squares, etc… Si le projet Cayla a reçu un commencement d'exécution, c'est à Mathieu qu'on le doit.
Le regretté Maire travaillait dans l'intérêt de tous. Ce n'est pas lui qui aurait fait le boulevard Séguin prolongé surnommé " boulevard des familles ". Aussi est-il mort pauvre comme Job.
Mathieu était le père du peuple qui le renvoyait chaque fois à la Mairie malgrè toutes les pressions de l'Administration que cette popularité gênait.

Qui a songé à élever une statue au regretté Mathieu ? C'était là pourtant un hommage à rendre au plus aimé des Oranais, au magistral municipal qui s'est le plus dévoué pour le plus grand bien d'Oran.
Si l'on doit élever une statue à Giraud, pour les services exceptionnels qui lui ont valu sa croix de la Légion d'honneur, nous demandons que l'on traite sur le même pied d'égalité les morts qu'Oran a véritablement pleurés.
Nous citerons Mathieu, Achille Bariat, Coutures, Rey, Lasry et Salomon Elghozy.
Si l'idée des statues ne fait pas son chemin, nous en soumettons une qui pourrait donner satisfaction à tout le monde, il suffirait de baptiser du nom de " Galerie des Maires " un des vastes couloirs de l'Hôtel de Ville et charger M. Fulconis, le distingué sculpteur, de fournir les médaillons des magistrats municipaux morts au champ d'honneur.
A chacun son bien
Un vieil Oranais - 15 octobre 1907
Plus tard, une rue porta son nom à Oran :


Adieu à un grand Français

Le capitaine Rabah Kheliff


Seul officier français à enfreindre les ordres du Général KATZ, le capitaine Rabah KHELIFF fit face à l'A.L.N. avec ses tirailleurs, à ORAN le 5 juillet 1962, arrachant à une mort certaine des centaines de nos compatriotes.

Il est resté viscéralement fidèle à sa patrie, jusqu'à son dernier souffle, faisant preuve d'une activité et d'un dévouement extraordinaires pour la défense des anciens combattants et Harkis, dans le plus grand respect des traditions nationales.

Il assumait la présidence de l'Union Nationale des Anciens Combattants Français Musulmans et veillait, comme un père, sur A.J.I.R. pour les Harkis, organisation nationale avec laquelle SECOURS de FRANCE entretient des liens étroits.
Profondément croyant, mais très tolérant et oecuménique, il assurait aussi la présidence de la Grande Mosquée de Lyon où son influence modératrice était considérable.
Rabah KHELIFF, resté capitaine depuis ORAN 1962, était et restera très emblématique de la fraternité d'armes qui nous unit aux innombrables compagnons de combat de l'autre côté de la Méditerranée. Il était commandeur de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite.
Gardons fidèlement en mémoire sa légendaire bonté, sa sagesse, son mépris du danger, son sens du devoir et son patriotisme. C'était un sage et un grand Français.

 Septembre 2004


 

 Delphine et Françoise DURR, figures du Tennis

 

Le patronyme DURR restera ancré dans la grande famille du tennis avec la jeune Françoise Delphine née BLANC et sa fille Françoise qui remporta le tournoi de Roland Garros en 1967.

Françoise Delphine DURR, née BLANC, Mère de Françoise, est née à Oran où elle passa sa jeunesse et où sa famille s'était installée depuis 1833.
Remarquée par le président du Lawn Tennis Club d'Oran (LTCO), jean Kruger elle commença à jouer dans divers tournois remportant de nombreuses victoires à titre individuel ou associée en double (dames et mixte notamment avec Pepico MATEO). Elle sera avant et après le second conflit mondial championne d'Oranie, d'Algérie et d'AFN pour le centenaire de 1933, championne d'Oranie en 1935, championne d'Algérie en 1936, championne d'Algérie en double dames en 1936. Avec Pépico MATEO, ils remporteront en 1952 la victoire au championnat d'Oranie et enlèveront à nouveau le titre l'année suivante.

 

Mariée en 1936 à Georges DURR, ingénieur de Centrale, le couple s'installera d'abord à Tours où naquit leur première fille Jeanne Marie, puis rejoindra Arcachon au centre d'essai de Cazeaux où vit le jour leur fils Jacques. Leur parcours les dirigea ensuite au Maroc puis à Alger, lieu de naissance de leur fille Françoise, avant de rejoindre Orange. Son époux décédera en service commandé dans un accident d'avion en 1946. Veuve à 33 ans, Delphine retournera à Oran auprès de sa famille avec ses 3 enfants et y restera jusqu'à l'indépendance. Elle fut l'une des premières femmes à être juge arbitre international, assumant, notamment cette mission dans le cadre du RCF, de la coupe Bivort et de la coupe Porée, des internationaux de Roland Garros, des championnats nationaux pendant 28 ans, des tournois de Monte Carlo et de la Fed cup, ainsi que dans les nombreux tournois en France et à l'étranger (Suisse, Espagne, Maroc, Autriche, Sénégal). Jusqu'à la fin de sa vie elle s'intéressa, régulièrement, au tennis. En plus de cette passion pour le tennis, elle aimait le bridge et la musique étant elle même violoniste. C'est à une grande dame oranaise que nous avons voulu rendre un hommage mérité.

Françoise DURR, sa fille avait de qui tenir. Elle débuta comme sa maman au LTCO avec M. Joseph de STOPLA, et deviendra une grande championne grâce à ses conseils.

Elle remportera le tournoi de Roland Garros en 1967, passant professionnelle en 1968, équipière tricolore près de 20 ans, voyageuse mondiale durant deux décennies, elle fut capitaine de la Fed Cup (coupe Davis féminine) et fut en 2003 élue au " Hall of Fame ", le Panthéon du Tennis International, la seule française depuis Suzanne LENGLEN.

Les familles BLANC et DURR étaient férues de tennis. Le frère de Delphine, le docteur Henri BLANC, gynécologue à Oran, sa soeur Marie Jeanne étaient des habitués des courts, son époux Georges gagna deux fois le championnat militaire de tennis. Jeanne Marie, la soeur aînée de Françoise, lorsqu'elle était étudiante en médecine participa à de nombreux tournois et son frère Jacques devenu ingénieur fut un joueur classé 2ème série. Il sera pendant 10 ans le Président de la ligue de Provence et durant 4 ans Secrétaire Général de la Fédération, assurant des missions européennes et mondiales.

Attardons nous sur le tennis des années 1930/40 pour rappeler les noms, parmi tant d'autres, de quelques champions de cette époque, aujourd'hui disparus. Outre MATEO (Pépico) qui fut aussi un grand footballeur, Pérez, Edmond Soulier, Charles Herelle, Jean Kruger. Ce dernier fréquenta les courts avant 1914, fut un des fondateurs de la fédération d'Afrique du Nord. A la présidence de la ligue d'Oranie comme nous l'avons indiqué, il convient d'ajouter la fonction de vice président de la FFT. Il sera champion d'AFN. Devenu sétois, après 1962, il continua la pratique de son sport favori avec son nouveau club du Mas Viel. Lorsqu'il devint nonagénaire et doyen des licenciés du tennis français, il tapait encore les balles et montait souvent au filet malgré son âge avancé. Le rappel des gloires de notre passé méritait d'être signalé.


 

 Yves SAINT-LAURENT

 

Yves Saint-Laurent naquit à Oran en 1936.

Sa famille faisait partie des Alsaciens Lorrains chassés de leur terres à la suite de la défaite de Sedan en 1870, date à laquelle les " SAINT LAURENT " prennent souche en Oranie.

Le petit Yves passera son enfance et son adolescence à Oran qui lui inspira ses premiers dessins. Il écrit :

"Notre monde à l'époque était Oran et non Paris. Ni Alger, la ville métaphysique de Camus aux blanches vérités, ni encore Marrakech et sa bienfaisante magie rose. Oran, une cosmopole de commerçants venus de partout, et surtout d'ailleurs, une ville étincelant dans un patchwork de mille couleurs sous le calme soleil d'Afrique du Nord."

A 17 ans, le magazine Vogue publie ses croquis. Puis se sera la carrière internationale qu'on lui connaît : proche collaborateur de Christian DIOR et Pierre BERGER, il fonde avec ce dernier sa propre maison de couture en 1971. Le succès est au rendez vous de collections en collections.

Yves SAINT~LAURENT, outre la haute couture, s'intéresse alors à toute une série d'autres articles de mode distribués dans le monde entier. Il ouvrira sa première boutique de prêt à porter en 1966 ; il en comptera plus de 120 de par le monde.

Homme de théâtre et de cinéma, il habille nombre d'artistes dont l'incontournable Catherine DENEUVE qui sera sa principale ambassadrice de charme. Il crée aussi, à titre d'exemple, le costume de Marguerite YOURCENAR lors de son intronisation à l'Académie Française.

Sa carrière sera du reste couronnée des plus prestigieuses distinctions. Son nom est désormais associé au bon goût français.

Yves SAINT LAURENT est retiré des affaires depuis 2002 mais il demeurera sans doute dans l'Histoire aux côtés des autres grands noms de la haute couture.

Tableau : Yves Saint-Laurent par Bernard Buffet en 1958
Citation tirée du site : www.ysl-hautecouture.com
Texte d'après la revue Racine Pieds Noirs (N°3 Juillet 2002)

 

 Robert RANDAU

C'est en 1883, qu'il voit le jour à Alger. Haut fonctionnaire, ethnologue, sociologue, explorateur, romancier ou encore poète, l'homme n'a cessé sa vie durant d'associer la réflexion à l'action.

Depuis 1844, date ou son grand père maternel, Robert Arnaud Ducheyron de Beaumont du Pavillon est affecté dans le corps naissant des spahis d'Afrique, sa famille vit à Alger. Son père est lui aussi né dans cette ville, rue Ménerville.
Elevé à la dure par ce dernier qui pousse son autorité à l'extrême, renié par sa mère qui ne lui pardonnera jamais d'avoir refusé d'entrer dans les ordres, Robert entame des études secondaires au grand lycée d'Alger où il acquiert brillamment une licence de droit.
 
Il décide ensuite de se rendre à Paris pour y suivre les cours de l'Ecole des Sciences Politiques et ceux de l'Ecole Coloniale, où il sera reçu major en 1896. Parlant couramment l'arabe, il reçoit une prime lors d'un concours du gouvernement général pour ses connaissances dans la langue.

En 1898, il est reçu premier au concours d'adjoint de Commune Mixte. Sorti premier également au concours des interprètes il fut nommé Général de l'armée, détaché aux affaires indigènes.

En 1900, il noue un mariage heureux avec Renée Battandier qui lui donnera l'affection qu'il n'a pas eue dans son enfance.

Randau entreprend de nombreuses missions en Afrique qui vont le conduire au fil des ans aux quatre coins du continent. C'est ainsi qu'en 1906, il entame une mission dans l'Aïr, chez les Touaregs, où est assassiné son meilleur ami Xavier Coppolani auquel il consacrera un ouvrage historiographique. En effet, les deux hommes se lient d'amitié et luttent ensemble pour abolir l'esclavage au Mali. Coppolani périt dans les bras de Randau, lors d'une embuscade tendue à Tidjikdjat.
En 1908, il se rend en Côte d'Ivoire. En 1909, il est nommé dans le corps des administrateurs coloniaux pour services éminents rendus à l'expansion française en A.O.F

Jusqu'en 1913, il est promu chef du service des affaires musulmanes au gouvernement général. En 1917, son périple le mène dans la région de Tombouctou où il est adjoint au commandant de région. Il devient par la suite inspecteur des affaires administratives au Soudan à partir de 1919. Un an plus tard, il se voit décerner la médaille coloniale et se voit honoré du titre de Chevalier de la Légion d'Honneur.

De 1927 à 1928, il remplit les fonctions de gouverneur intérimaire en Haute Volta.

Pendant ces missions africaines autant lointaines que variées, Robert Randau compose des carnets de route où il consigne des observations précises sur les différents pays qu'il traverse et sur le mode de vie des ethnies qu'il rencontre.
Illustrés de croquis représentants des villages traditionnels, des mosquées, des outils ou encore des objets culturels servant aux rites des autochtones, ces carnets de route deviennent l'inspiration première de Randau lorsqu'il se met à écrire ses principaux romans.
En effet, son oeuvre ne se compose pas moins que de 36 romans, de poèmes et de nombreux articles parus dans diverses revues ou bien dans l'Echo d'Alger où il écrit régulièrement à partir de 1935.
 
Parmi les Plus célèbres de ses romans, viennent en première place, la trilogie algérianiste avec "Les Colons" en 1907, Les Algérianistes, paru en 1911, "Cassard Le Berbère", écrit en 1921. Puis "La ville de cuivre", en 1923, "L'Homme qui rit jaune", en 1926, "Diko frère de la côte", en 1929, "Des blancs dans la cité des noirs", en 1935, "Professeur Martin, petit bourgeois d'Alger", en 1936 (dans cet ouvrage, Randau évoque son grand père maternel ), La biographie de Xavier Coppolani Le Pacificateur; "Un Corse chez les hommes bleus", paru en 1939 et enfin ce qui fut la dernière oeuvre de Randau : "Isabelle Eberhardt, notes et souvenirs", écrit en 1945.
 
Ses talents d'écrivain lui valent de recevoir le Grand Prix Littéraire de L'Algérie, le 16 janvier 1930 qu'il créa avec une pléiade d'écrivains et le Prix de la Fondation née de L'Académie Française, dix ans plus tard, le 7 juin 1940.
Et puis, c'est Jean Pomier qui devient à son tour l'ami sincère de l'écrivain nord africain.
Les deux hommes entretiennent alors une liaison épistolaire sous forme de vers. Et Abd el kader Fikri, avec qui il publiera sous forme de correspondance, une réflexion sur l'Algérie des années 30 "Les compagnons de jardin".
Enfin, Robert Randau nourrit des relations amicales avec le peintre Guérin ou encore avec Benjamin Saraillon qui illustre un exemplaire de Cassard Le Berbère.

Foudroyé par une attaque cérébrale, Robert Randau meurt le 4 août 1950, à l'âge de 77 ans, dans son appartement de la rue Saint-Saëns à Alger, dont la décoration était essentiellement constituée d'objets ramenés de ses campagnes africaines.

Cet homme parfois méconnu, reste de par ses rapports administratifs et de par ses romans qui invitent au rëve, l'un des témoins essentiels de la vie africaine et des coutumes de ses ethnies au siècle dernier.

Il est de surcroit le père de l'école algérianiste...

 

 

 Alphonse LAVERAN (1845 1922)

Professeur de Médecine Prix Nobel 1907

Alphonse LAVERAN est né à Paris en 1845, mais c'est en Algérie qu'il fait une grande partie de sa carrière et ses découvertes majeures dans la lutte contre le paludisme. L'Algérie n'est rattachée à la France que depuis 15 ans mais va être au coeur de l'oeuvre médicale de LAVERAN qui, comme tant d'autres, va consacrer sa vie à la médecine et au progrès médical dans l'Empire français, l'occasion pour nous de saluer l'oeuvre de la France outre mer en ce domaine, comme dans tant d'autres.
En 1878, agrégé de l'Ecole de médecine militaire du Val de Grâce, Alphonse LAVERAN part pour l'Algérie où il prend en charge un service de l'hôpital de Bône. Un grand nombre de ses malades étaient alors atteints de fièvres palustres. Beaucoup de nos pionniers européens succombaient à cette époque des suites de ces maladies contractées durant leurs pénibles labeurs de mise en valeur de l'Algérie.
Alphonse LAVERAN va d'emblée s'intéresser à ces phénomènes. Il identifie pour la première fois au cours d'une autopsie la " mélanémie ", c'est à dire la formation du pigment noir dans le sang des sujets infectés.
Ses recherches se poursuivent et il met à jour tout le processus fatal de cette affection dans le sang et le foie.

En 1880, à l'hôpital militaire de Constantine, il découvre dans le sang d'un malade, des éléments qui lui confirment l'origine parasitaire de ces fièvres et démontre ainsi le caractère pathogène de ces hématozoaires. Ses travaux sont dès lors publiés par l'Académie des Sciences dans un opuscule intitulé " Nature parasitaire des accidents de l'impaludisme " 1881.

Bien qu'accueillis avec scepticisme, les travaux d'Alphonse LAVERAN venaient en définitive de mettre à jour l'origine parasitaire de ces fièvres. Notre héros va poursuivre ses investigations. Après de multiples pistes, il arrive en 1894 à la conviction que ce parasite était véhiculé par les moustiques. Cette thèse sera vérifiée plus tard par Ronald ROSS.
Alphonse LAVERAN finalise d'autres travaux à l'Institut Pasteur, à l'Académie des Sciences ainsi qu'à la Royal Society de Londres. Il fondera en 1910 la Société de Pathologie Exotique (S.P.E.) tandis que son oeuvre fut couronnée du Prix Nobel de Médecine en 1907.

Sans s'en douter, sa découverte permit d'améliorer les conditions d'existence des peuples qui composaient alors l'Empire français, comme d'ailleurs toutes les autres contrées tropicales. Grâce à lui surtout d'immenses territoires ont pu être ouverts à la colonisation et à leur mise en valeur par les Européens. Le professeur CALMETTE devait d'ailleurs déclarer en 1922 dans sa nécrologie d'Alphonse LAVERAN (bulletin de la SPE / page 373)

" ... il n'est pas exagéré de dire que l'oeuvre de Laveran apparaît aujourd'hui comme la plus importante en médecine et en hygiène après celle de Pasteur ". En l'honneur d'Alphonse LAVERAN l'hôpital militaire de Marseille porte son nom.

 

 

Paul BELMONDO (1998-1982)

Sculpteur de renom et ami de Rodin il naît à Mustapha en 1898. La ville n'est pas encore rattachée à Alger. Sa famille était d'origine piémontaise et sicilienne.
Le petit Paul est d'emblée fasciné par le dessin mais s'oriente très jeune vers la sculpture. A 13 ans il réalise dans un caillou sa première oeuvre une tête de chien.
C'est donc tout naturellement à l'Ecole des Beaux-arts d'Alger qu'il suivra 4 années d'enseignement, notamment en architecture; cette discipline lui permettra de faire le lien entre sculpture et construction.

Mobilisé en 1914, il est blessé près de Verdun.

Il reprend ses études à Alger à l'Ecole des Arts Décoratifs puis intègre celle des Beaux-arts de Paris en 1921.
Il fait alors la connaissance de Georges COURTELINE dont il illustrera certaines publications.
Paul BELMONDO fréquente un moment le quartier Montparnasse, à l'époque haut lieu des artistes. Son talent va vite exploser.

Dès 1926 il obtient une médaille de bronze pour son "Eve", puis une d'argent pour un bas relief "Le retour des athlètes" avant d'emporter le concours américain Florence Blumenthal.
Ayant pu gagner un petit pécule, il part en Grèce et gardera de ce voyage une profonde inspiration pour le reste de son oeuvre,

Il n'oublie pas son Algérie natale puisqu'il élabore un projet de monument pour le centenaire de Boufarik et obtient en 1932 le grand prix artistique de l'Algérie. Il décore aussi la salle " Pierre Bordes" d'Alger et exécute le bas relief du foyer civique d'Alger. Mais c'est à Paris qu'il acquiert sa notoriété en exposant régulièrement aux Tuileries. Il enchaîne chefs d'œuvres sur chefs d'œuvres : "Apollon", "Buste de jeune homme" ... etc.
Au sommet de sa gloire, il recevra les récompenses les plus prestigieuses.

Marié en 1930, son fils Jean Paul naîtra en 1933 et excellera quant à lui dans le 7ème art.

D'après "RACINES PIEDS NOIRS", N°4 de février 2003

 

 

 Paul ROBERT (1910-1980)

 

On lui doit le plus célèbre et plus complet dictionnaire français. "Le Robert" est l'œuvre d'un Pieds-Noirs qui d'ailleurs légua son patronyme : Paul ROBERT.
Paul ROBERT naît à Orléansville (Algérie) en 1910.
Sa famille était originaire de la région de Gap (05) et s'était installée à Orléansville en 1849. Cette ville venait tout juste d'être créée par les Français six ans auparavant. Martial ROBERT se lance alors avec succès dans la construction de moulins hydrauliques et l'un de ses fils devint Maire d'Orléansville puis Conseiller Général du Département.
Il sera très vite rejoint par son frère Joseph qui aura cinq enfants parmi lesquels figurait un certain "Paul".

Paul ROBERT quant à lui va suivre un cursus plus universitaire.
Après le Lycée Bugeaud d'Alger, il s'inscrit à la faculté de Droit d'Alger et deviendra secrétaire général puis président des étudiants en 1931.
Il crée à ce poste la Maison des Etudiants d'Alger avec bibliothèque, salle de travai1 et restaurant universitaire, véritable innovation pour l'époque.
 
A l'issue de ses études, et après un séjour en qualité d'interprète au Canada et aux Etats-Unis (Californie), Paul ROBERT s'inscrit à la faculté de Droit et Sciences Politiques de Paris.
Mobilisé en 1939, il devient chiffreur durant la guerre et est chargé par 1'Armée d'élaborer un dictionnaire du chiffre.
Il regagne Alger à l'armistice de 1940 pour y peaufiner sa thèse universitaire relative à l'arboriculture fruitière. Re mobilisé à la suite du débarquement Anglo Américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord, il est réintégré dans le chiffre et fera de fréquents voyages entre Londres et Alger jusqu'à la Libération.
Rendu à la vie civile en 1945, il terminera sa thèse avec les félicitations du jury.
Inspiré peut-être par sa mission dans le domaine du chiffrage militaire, Paul ROBERT va alors se consacrer à la création d'un dictionnaire analogique et alphabétique de la langue française. Il va pour cela intéresser au projet des professeurs, des linguistes, et constitue une équipe de collaborateurs.
La consécration viendra le 15 juin 1950 lorsqu'il sera couronné du prix Saintour. Edmond BRUA saluera cette oeuvre dans "Le journal d'Alger"et le journal parisien "Samedi Soir" écrira pour 1'occasion : "C'est d'Algérie que nous viendra le nouveau Littré !".
Paul ROBERT fonde alors sa propre société "Dictionnaire le Robert" et trouve ses premiers souscripteurs en Algérie puis dans toute l'Afrique du Nord. Sa famille lui apportera le soutien financier complémentaire.
Il s'installe ensuite à Casablanca (Maroc) où sera édité en 1953 le 1er tome de son dictionnaire, le second paraissant en 1955.
Les événements qui conduiront à l'indépendance du Maroc commencent alors à poindre, obligeant Paul ROBERT à transférer sa société à Paris. La société prendra alors le nom de "Société du nouveau Littré". Le 3ème tome ne sortira dès lors qu'en 1957 et l'œuvre complète sera achevée en 1964 (6 volumes - Préface datée du 28 juin 1964) et couronné par l'Académie Française.

Le dictionnaire "Le Robert" emporte d'emblée un franc succès. Aussi, Paul ROBERT éditera par la suite le "Dictionnaire universel des noms propres" puis "Le Petit Robert" reprenant le "grand" sous un format plus maniable et plus condensé.
Paul ROBERT s'éteindra à Mougins (06) en 1980.

D'après "RACINES PIEDS NOIRS", n°5 de janvier 2004

 

 

 Alphonse Juin (1888 1967)

Alphonse JUIN est né à Bône (Algérie) en 1888. Ses ancêtres paternels étaient vendéens et sa lignée maternelle Corse.

Fils de gendarme, Alphonse JUIN fit ses études secondaires aux lycées d'Alger et de Constantine avant d'intégrer Saint Cyr en 1910, dont il sortira major de sa promotion deux ans plus tard. Il y côtoie alors Charles de Gaulle ; l'Histoire les réunira à nouveau..

Nommé au Maroc, Alphonse JUIN est rappelé en Métropole quand éclate la 1ère guerre mondiale. Il participe aux combats avec les Tabors marocains. Blessé en 1915, il perd l'usage de son bras droit. De retour au Maroc, il occupera plusieurs postes de commandements militaires avant d'être détaché à la mission militaire française près de l'Armée américaine en 1918. Outre son action au combat (guerre du Rif, Maroc) durant les années 20, il dispense également des cours de tactique générale à l'Ecole de Guerre et est promu Général de l'Armée d'Afrique en 1938.

La 2e guerre mondiale mobilise à nouveau Alphonse JUIN sur le front Nord où il est fait prisonnier le 19 mai. Libéré en juin 1941, il est muté en Algérie et succède à Weygand comme commandant en chef des forces d'Afrique du Nord. Après avoir réarmé et réorganisé cette Armée d'Afrique et s'étant rallié aux Américains qui débarquent en Afrique du Nord en novembre 1942, il prend la tête du contingent français qui anéantira l'Afrika Korps de Rommel en Tunisie. De Gaulle lui confie alors la responsabilité du corps expéditionnaire français en Italie. Il impose aux alliés sa stratégie victorieuse et se couvrira de gloire (Garigliano/Monte Cassino). Ses unités sont ensuite affectées au Débarquement de Provence d'août 1944 et prendront une part active à la Libération de la Métropole.

Alphonse JUIN occupera par la suite divers postes de haute responsabilité jusqu'au commandement interallié des forces terrestres de l'OTAN entre 1951 et 1956. Il sera élevé à la dignité de Maréchal de France en 1952, année où il est également élu à l'Académie Française. Il demeure l'une des rares personnes à tutoyer de Gaulle qui le tolérait d'autant plus facilement qu'Alphonse JUIN était dépourvu d'ambitions politiques ! Les deux hommes vont cependant s'affronter sur le sujet de l'Algérie.

Alphonse Juin et l'Algérie.

Alphonse JUIN va en effet s'opposer au Général de Gaulle quant à sa politique algérienne entre 1958 et 1962. Il décria la solution d'indépendance en fustigeant l'absence de vision à long terme du Chef de l'Etat. Ses déclarations, notamment dans "L'Aurore", occasionnèrent la colère du locataire de l'Elysée et Alphonse JUIN fut réduit au silence par les Médias (dans les mains du Pouvoir à cette époque). Il fut de surcroît interdit de séjour sur sa propre terre natale.
Alphonse JUIN s'opposa aussi à la politique européenne du Général. Notre Maréchal était un " Européen " convaincu et préconisait notamment une défense commune. Déjà !
Auteur de plusieurs ouvrages, Alphonse JUIN s'éteint le 27 janvier 1967. Après des funérailles nationales, il repose désormais aux Invalides. Notons que le centre culturel Pieds Noirs d'Aix en Provence porte son nom.
D'après Nicolas Bouland
In "Racine Pieds Noirs" N°6 de Novembre 2004

 

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